Connaissez-vous le délit de loyauté ?
Par Chrystel-Sophie DIDION, Juillet 2026
Nous portons tous, dans nos vies comme dans nos métiers, l’empreinte de transmissions invisibles : celles de nos familles, de nos histoires, de nos sociétés. Ces héritages façonnent nos répétitions et entretiennent, sans que nous en ayons toujours conscience, des mécanismes qui nous dépassent.
Au commencement, nous en sommes les héritiers dépendants, presque les otages. Mais nous avons aussi ce droit fondamental : celui de nous déclarer responsables, et volontaires, de nous en libérer.
Peut-être vous reconnaissez-vous dans ce sentiment d’être mis à l’écart, de votre famille ou de votre équipe. Cette peur de dire ce que vous pensez à vos collègues, à votre hiérarchie. Cette perte progressive du sens, de la flamme qui vous a porté vers ce métier que vous aviez choisi avec foi. La sécurité a parfois remplacé l’élan ; la déception et l’isolement ont pris la place de l’enthousiasme.
Nous vivons au sein de systèmes qui peuvent être violents, où l’on se retrouve à la fois victime et responsable, enfermés dans nos propres représentations du monde.
Alors, comment en sortir ?
Peut-être en reprenant les choses depuis le commencement.
Nos consciences sont limitées par nos peurs, nos hontes, nos besoins. Depuis notre origine, nous sommes façonnés par les histoires des autres : leur éducation, leurs apprentissages, leurs traumatismes, leurs croyances, leur rapport au monde, mais aussi, parfois, par leurs états de dissociation ou de décompensation.
Ces paramètres, trop souvent ignorés, influencent pourtant tout. Ils viennent freiner, retarder, parfois fragiliser nos constructions, qu’elles soient individuelles ou collectives. Le regard que nous portons sur le monde extérieur témoigne, en réalité, de nos propres organisations intérieures.
Nous ne pouvons plus, aujourd’hui, agir en toute impunité ni rester invisibles à nous-mêmes.
La famille est la première unité émotionnelle dont nous dépendons. Elle nous enseigne, sans le dire, comment agir pour elle et nous reproduisons ensuite, sans toujours en avoir conscience, ces mêmes schémas dans d’autres unités : nos équipes, nos collectifs, nos institutions. Nous pensons agir librement, alors que nous répétons, simplement, ce que nous avons appris.
C’est souvent ainsi que commencent les métiers de l’accompagnement et du soin : avec ce malentendu fondateur. Pour s’en libérer, il faut accepter de revenir sur son histoire, de s’en saisir comme matière d’analyse, afin de rejoindre un cercle de relations que nous avons la responsabilité de faire évoluer en conscience pour qu’elles cessent, elles aussi, de répéter les mêmes erreurs.
C’est en posant ce regard que nous pourrons fonder un espace plus juste et plus efficace.